Communiqué · 16 octobre 2026 · Saint-Malo
Il connaît le chemin. Cette fois, il a choisi une autre façon de le parcourir.
Après deux Route du Rhum – Destination Guadeloupe disputées en Class40, en 2018 puis en 2022, Florian Gueguen s’apprête à retrouver, le 1er novembre prochain, la ligne de départ de la plus mythique des transatlantiques en solitaire, à la barre de Graine de Courage.
À 34 ans, le Cancalais installé à Saint-Malo change de monture autant que de philosophie. Son trimaran de 50 pieds, plan Nigel Irens mis à l’eau en 1987 et patiemment fiabilisé et préparé depuis deux ans, l’emmènera dans une catégorie Vintage Multi où les bateaux ont autant d’histoires à raconter que les marins qui les mènent. Une manière de revenir à l’essentiel après une édition 2022 qui lui avait laissé un goût d’inachevé : courir plus libéré, vivre intensément cette traversée et profiter de la formidable caisse de résonance du Rhum pour mettre en lumière l’association Graine de Courage – Sourire pour Parkinson, les malades et ceux qui les accompagnent au quotidien. Une troisième participation avec, cette fois, l’envie de laisser davantage de place à l’aventure et au plaisir du jeu.
Sortir de la spirale
En 2022, lorsqu’il avait rallié la Guadeloupe en Class40, Florian Gueguen avait terminé sa deuxième Route du Rhum avec un goût d’inachevé. Pas celui d’un marin qui estime avoir mal navigué, mais celui d’un compétiteur conscient de ne pas avoir pu jouer complètement son jeu. Face à une génération de bateaux plus récents, il aurait fallu changer de monture et faire grimper sérieusement le budget.
Ses partenaires ne pouvaient pas suivre cette course à l’armement. Surtout, sa monture lui appartenait, était insuffisamment assurée et chaque décision prise en mer devait intégrer ce qui arriverait après. « J’avais cette sensation amère de ne pas pouvoir donner 100 % de ce que je pouvais faire. Je n’avais pas les moyens de réparer le bateau en cas de gros problème et je savais qu’il faudrait le revendre derrière. Forcément, dans ta tête, tu ne navigues pas tout à fait de la même façon. »
Plutôt que de s’obstiner, il arrête. Le Class40 est finalement mis à la vente et, pendant quelque temps, Florian s’éloigne de la compétition. Pas très longtemps. Le manque se fait sentir et, parallèlement, une autre idée chemine avec Ghislain Couplet, président de Graine de Courage et dirigeant d’À Ciel Ouvert, partenaire historique du skipper. Tous deux ont le même sentiment : avec la Route du Rhum et la cause Parkinson, l’histoire n’est pas tout à fait terminée.
Cette fois, pas question de repartir dans la même spirale. « Je voulais un projet financièrement à taille humaine, mais avec un bateau qui se remarque. Un trimaran, même pour quelqu’un qui ne connaît rien à la voile, ça fait tourner la tête sur le quai. » Le choix se porte sur un plan Nigel Irens de 1987, construit à l’origine pour Olivier Moussy sous les couleurs de Calcialiment – Laiterie du Mont-Saint-Michel, puis profondément transformé en 2006 par Victorien Erussard pour intégrer l’ancienne classe Multi50.
Un morceau d’histoire, récupéré il y a deux ans et patiemment repris de fond en comble. Six mois ont notamment été nécessaires pour poncer et refaire toutes les surfaces, avant de revoir l’électronique et une bonne partie des équipements. À moins d’un mois du départ, le gros du travail est derrière eux. « On en est à repeindre la bôme, donc c’est plutôt bon signe ! Mon objectif, surtout après ma première expérience du Rhum, c’était que le bateau soit prêt pour l’ouverture du village. Après, on aura énormément d’engagements avec nos partenaires et je veux pouvoir me concentrer à 200 % là-dessus. »
Courir pour ceux qui restent a terre
Difficile également d’imaginer épreuve plus intime pour celui qui a grandi à Cancale avant de poser ses sacs à Saint-Malo, aujourd’hui port d’attache de son trimaran. Le Rhum faisait partie du paysage bien avant qu’il imagine pouvoir un jour s’y aligner.
« J’ai grandi en Ille-et-Vilaine, donc cette course a toujours été un mythe pour moi. Même quand tu l’as faite une fois, deux fois, je pense que le ressenti restera le même après la troisième. Six mois avant, tu as déjà l’impression que tu pars sur la Lune, alors qu’au fond tu vas simplement faire une transat ! Aucune autre course ne crée cette montée en pression aussi tôt. »
Cette puissance d’attraction, Florian Gueguen veut surtout la mettre au service de Graine de Courage. L’association est née d’une histoire familiale marquée par la maladie de Parkinson et accompagne aujourd’hui quelque 150 adhérents, principalement en Ille-et-Vilaine. Malades, recherche, familles : son action embrasse plusieurs fronts. Mais à l’approche de ce Rhum, un autre sujet prend une place particulière dans le projet, celui des aidants. Pour Florian aussi, l’histoire est devenue douloureusement personnelle.
Son grand-père vit avec la maladie de Parkinson depuis de nombreuses années. Sa grand-mère l’a accompagné pendant vingt-cinq ans avant de mettre fin à ses jours au début de cette année. Depuis, le skipper mesure plus encore ce que peut signifier, jour après jour, consacrer une immense partie de sa vie à accompagner celle d’un autre. « Aujourd’hui, je mets énormément l’accent sur l’aidant. Accompagner en permanence quelqu’un avec qui tu as partagé toute ta vie, c’est une charge énorme. On parle de plus en plus des aidants, probablement parce que cela concerne de plus en plus de monde. »
Le sujet rejoint directement un projet porté depuis plusieurs années par Ghislain Couplet : la création d’un centre de répit dédié à Parkinson, où les malades pourraient être accueillis et accompagnés pendant une journée, avec des activités adaptées, tandis que leurs proches retrouveraient quelques heures pour eux. « Cela permettrait au malade d’avoir envie de venir, de faire des choses, et à l’aidant, de l’autre côté, de souffler. Plus notre projet avance, plus ce sujet prend de la place. Il y a forcément un écho très fort avec ce que ma grand-mère a vécu. »
Alors, le 1er novembre, il y aura évidemment une ligne à franchir, des concurrents à surveiller, des choix météo à trancher et un vieux trimaran à faire aller le plus vite possible jusqu’en Guadeloupe. Florian Gueguen reste un coureur. Mais il sait désormais précisément ce qu’il veut embarquer avec lui.
Une histoire de famille, celle d’une association, une autre idée de la performance et cette conviction qu’il formule depuis longtemps : « Une aventure, quelle qu’elle soit, ne serait rien si elle ne portait pas des valeurs humaines et solidaires. » Après deux Routes du Rhum à chercher sa place dans la course, cette troisième pourrait bien être celle où il aura surtout trouvé la manière dont il voulait la vivre.